suite ...et fin.
D’après « La Sauvegarde des Coteaux du Jarez », groupe local d’opposition à l’autoroute, les études montrent que le trafic global de la région stéphanoise pourrait augmenter de 3% par an –près de 135 000 véhicules sur la route entre Lyon et St Etienne en 2020. L’ancienne A47 blâmée par près d’une génération, supportera plus de trafic après la construction de l’A45 qu’elle n’en subit actuellement. Et la vallée paisible de la Durèze sera l’écho constant du trafic émanant du tunnel et subira l’assaut du bruit et de la pollution des camions routiers descendant la pente le long du village de Chagnon.
Rester et
cultiver la terre
Chagnon a un charme pittoresque. Encastré dans le paysage, comme s’il n’avait jamais été habité, ce qui a probablement été vrai bien avant que les ruines romaines soient construites. Récemment les locaux ont inauguré un nouveau monument : une réplique de la pierre posée là bas par l’empereur Hadrien interdisant aux paysans de planter près de l’aqueduc. La nouvelle version interdit de bétonner et de polluer. Cité dans la Tribune Le Progrès, Marcel Petiot, le maire de Chagnon, s’exclamait « un drame pour nos fermes, des propriétés coupées en deux ! »
Il dit que les vents prédominants vont souffler les émissions et les poussières de l’autoroute sur les champs où les fermiers font pousser leur grain et leur foin pour le bétail et sur le village lui-même. « Les camions remplis de fruits venant directement du Portugal ou de l’Espagne vont concurrencer notre production locale. Mon conseil a été élu pour protéger notre statut social rural. Nous voulons que nos jeunes restent dans les fermes. Que va nous apporter l’A45 ? Rien ! »
François Catalano, 64 ans originaire des Coteaux, enseignant à la retraite, a vécu à Cellieu pendant trente ans. C’est le porte parole de la Sauvegarde des Coteaux du Jarez. M.Catalano profite du soleil matinal dans son petit jardin et aime beaucoup marcher dans les sentiers paisibles près de sa maison, d’où il peut contempler la faune et la flore et profiter de la paix de ses monts et vallées. « Les businessmen de St Etienne disent avoir besoin de l’A45 » dit Catalano. « Nos élus officiels disent la même chose dans la mesure où l’industrie est plus puissante que la poignée d’homme que nous sommes ».
« Comme la plupart des emplois se trouvent à Lyon, nous devrions avoir un TER mais en réalité, les politiciens devraient créer du travail sur place, ici dans les Coteaux du Jarez et dans la Vallée du Gier. Ils ignorent l’urgence. Nous avons besoin d’une voie ferrée jusqu’aux parcs industriels où les trains ne vont pas. Et pourquoi ne pas transporter les containers par le train ? C’est bon pour la Suisse mais ici ils ne veulent pas bouger d’un doigt et commencer à développer ceci. A la place, il y a l’autoroute. »
Pascal Garrido, 61 ans, est le maire de La Talaudière depuis 21 ans. Situé en hauteur des banlieues de St Etienne, cette petite ville de moins de 7000 habitants a un centre ville bien défini et une situation dans un milieu rural enviable.
L’A45 détruira cela, coupant en deux les communes, plaçant un pont amenant des dizaine de milliers de véhicules à l’endroit où les résidents aiment profiter des berges de l’Ondaine, détournant la rivière elle-même pour faire de la place pour la route massive.
Pour M.Garrido, ne pas réparer l’autoroute existante et attendre plus de quinze ans la nouvelle, n’a pas de sens. « Nous avons besoin que les politiciens acceptent de réparer l’A47, qui n’a pas vu d’amélioration depuis quarante ans. Dit il. « Presque tout le monde ici est contre l’A45. La ville de Givors s’oppose aussi à cette nouvelle autoroute. Ils savent que pendant qu’ils travaillent sur l’A45, les conditions dans la vallée vont devenir pires ».
La planification fébrile est en cours pour l'urbanisation rapide de St Etienne et ses alentours. Les tramways existent à l’intérieur mais pas entre les villes. L’idée est que les gens laisseront leurs voitures au bord de la ville, et non à la maison. La population plus pauvre et en grande partie immigrée est laissée le long de l’A47 avec peu d'option de transport, alors que ceux qui peuvent se permettre de payer le prix du gasoil plus élevé et les péages chers sont favorisés.
Même l'élargissement du vieil autoroute à trois voies, étant donné qu'il doit porter le trafic de tout le secteur pendant au moins les 15 années à venir, est vu comme trop coûteux, alors que des évaluations du coût au public du nouvel A45 - avec ses tunnels et viaduc très chers -s'élèvent à 70%, avec les gens du pays payant la part du lion. Pour le moment ce qui est le plus envisagé, c’est la nouvelle route.Homme d’affaires et membre de la chambre de commerce Bernard Moissonnier a été cité dans Le Point décrivant en termes rougeoyants la création d'un secteur urbain énorme. "Dans cinquante ans, Lyon ressemblera à Los Angeles", rappelle t’il. Avec l'A45 comme lien direct vers Lyon il espère attirer des voyageurs vers un nouvel aéroport à Saint Etienne. « C'est notre destin de devenir l'aéroport occidental de ce grand conglomérat ». Dans cette vision, la campagne autour des villes comme St Martin La Plaine et St Maurice sur Dargoire doit être engloutie par les cités dortoir. Le « destin » du résidant rural à long terme va devenir flou dans leur propre ville ; la dépouille de leurs bien familiaux, les routes à péages élevés et le prix du carburant limitant leur choix.
Même s’ils arrivent à vivre avec le bruit et la pollution de l’A45, beaucoup ne pourront pas accéder à la nouvelle autoroute - peu de secteurs de point d'entrée et un passage au péage signifient plus rapide pour ceux qui traversent la région- ainsi les gens du pays continueront à descendre dans la vallée comme ils l’ont toujours fait et avec ceux qui languissent le vieux couloir d'autoroute, emploieront l'A47 délabrée pour arriver à Lyon et à Saint Etienne. L'aqueduc de Gier a été en service pendant 400 ans avant que les paysans commencent à le démonter pour saboter l'empire romain affaibli ou pour obtenir juste de la pierre pour leur propre utilisation. L'A45 peut ne sera pas en service avant 2020, et n’aura peut être jamais une utilisation durable, arrivant tard dans l'ère de pétrole.
En décembre 2004, le pont le plus haut au monde s'est ouvert à l'extrémité méridionale du massif central. Deux kilomètres et demi de long, s’élevant à 290m au dessus des gorges du Tarn, il est comme l'A45 : un genre de surpuissance, un hommage à l'amour français pour la voiture ; un symbole fortement sonné à la trompette par la France moderne. Ironiquement, en même temps c'est un autre lien pour faire traverser le pays plus rapidement aux camions - au prix de faire disparaître la valeur de la campagne française.
Mokai est un musicien et un activiste résidant à San Francisco, en Californie, USA.

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